Samedi 25 septembre
Nous sommes en pleines vendanges. De la macération carbonique de carignan noir, en passant par le muscat, la syrah, le grenache noir et le blanc vert, les raisins, petit à petit, rentrent à l'abri dans la cave. Des réunions ont lieu tous les trois jours pour organiser la rentrée des apports. Le beau temps, soleil et tramontane, nous accompagnent et nous en avons bien besoin, vu l'état fragile de pas mal de parcelles. D'ici une dizaine de jours, les dernières bennes de la récolte 2004, se présenteront au quai, et personne ne s'en plaindra. Il sera temps, alors, de prendre un peu de repos avant de commencer, début novembre, la taille pour cinq longs mois.

Vendredi 24 septembre
Les vendanges continuent, la vie aussi.
Pierre Torga, ayant souhaité être incinéré, la cérémonie a eu lieu aujourd'hui, en fin de matinée, au crématorium de Canet. S'il y a une autre vie après, s'il y a un moyen, une fois passée de l'autre côté de la vie de regarder en arrière sur ce qu'on vient de laisser, alors c'est sûr, Pierre a dû être gagné par beaucoup d'émotion. Gagné par beaucoup d'émotion d'assister (pour une fois en spectateur) à la cueillette de sa petite vigne qu'il bichonnait. Car, Dédé, son épouse, Cathy et Annie ses filles, Alain et Gilles ses beaux-fils et tous ses petits-enfants, ont tenu à cueillir l'après-midi même sa petite vigne du Peyrelis, comme pour peut-être, se sentir plus près de lui.

Mercredi 22 septembre
Malgré les vendanges, une foule nombreuse est venue témoigner sa sympathie, sa tristesse et son soutien à Dédé Torga, sa maman Jeanne et toute la famille, lors des obsèques religieuses de Pierre dans notre petite église. En ces circonstances, elle paraissait encore plus petite que d'habitude pour accueillir toutes les personnes touchées par ce deuil.

Jeudi 16 septembre
22h Avec beaucoup de tristesse, nous apprenons le décès de Pierre Torga. Dix-huit mois de lutte contre la maladie, dix-huit mois de hauts et de bas, entouré, veillé par tous les siens. Bien que souvent l'issue d'un tel combat laisse peu de doute, on espère toujours que cela arrivera plus tard. Il est parti, Pierre, et comme tant d'autres anciens, il laisse un grand vide. Pour moi, il restera le monsieur qui, dans mon enfance, tous les samedis, grimpait tout en haut du clocher pour remonter le poids de l'horloge, le monsieur qui, un soir où nous lui faisions le ‘'tustet'', attendait tranquillement en embuscade à sa fenêtre notre retour à sa porte pour nous lancer : “ Est-ce que je peux vous aider ? ” Je peux dire aussi que plus tard, je me suis régalé de tailler en sa compagnie et bien sûr, à la toute fin, de partager ensemble, dans sa chambre, les matchs de l'OM et de l'Equipe de France, diffusés sur TF1. De ça, je m'en souviendrai longtemps, de ça et de plein d'autres choses…

L'averse d'avant-hier, on peut juger que c'était un mal pour un bien. Même si la pluie est tombée doucement jusqu'aux environs de minuit, la tramontane désirée depuis longtemps s'est mise à souffler et le lendemain, nous reprenions la cueillette exactement à l'endroit laissé la veille dans l'urgence avec les mêmes degrés MAIS avec la tramontane et le soleil en prime. Alors, on peut dire que c'est tout bénef, bien que la récolte reste, Ô combien fragile !