Vincent et le bassin

   

Des galopins, sur leurs vélos perchés,

Glandouillassaient dans le village.


L’ami Vincent, sur le sien retapé,


S’amène dans un dérapage.
Abandonné, sur son byclou sans frein,
Bon dernier tout en bas de rue,
Il s’en revient, défiant les copains,
Ses câbles tous bien retendus.
Et revoilà, comme une heure plus tôt,
Bien alignée en haut de piste,
La ’’fine fleur’’, toute prête à nouveau,
à en découdre avec  l’ ’’Artiste’’ .
Le but du jeu, un brin rudimentaire,
Se borne en bas à s’arrêter,
Le plus au ras d’un bassin solitaire,


Servant de ligne d’arrivée.
Et un par un, tout en redescendant,


Têtes baissées faisant les fous,
Sur les deux freins de ce pauvre Vincent,


Pas un n’y miserait un clou.
Aux premières loges, assis dans le bassin,
Ils sont tous là à rigoler.
Devant l’église, seul face à son destin,
Il se prépare à s’élancer.
A priori, il semble bien parti,
Selle bien calée sous les fesses.


Le bassin lui, de moins en moins petit,
Remontant à toute vitesse.
A fond de train, déboulant sur la place,


Songeant enfin à s’arrêter,
Coup après coup, tel un fusil de chasse,
Ses câbles claquent sous son nez.
Et bouche bée, les yeux bien arrondis,
Tels des rats se faisant la malle,
Les compagnons, du bassin, tout surpris,


Sans se faire prier, en détalent…
Chez le docteur, tout repeint d’éosine,
De partout bien rafistolé,
Une question toute simple le mine : 
«Me suis-je arrêté le plus près ? »

                           FIN

Qu’est-il devenu le petit Vincent qui partagea tant et tant de nos jeux ?
Aujourd’hui, l’entrée de son ancienne maison, à l’angle de la ruelle, est murée depuis de longues années, comme un symbole de non retour.
Puisse t-il un jour, revenir au ’’pays’’, marcher sur
les traces de son enfance…et de la nôtre.