Les figues d’Alexandrine

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Au beau milieu de nos vertes années,


L’Alexandrine de Léon,


Prenait plaisir à venir rouspéter,
Et pour un oui et pour un non.
Et sans répit, au printemps revenu,


Camouflée sous ses cerisiers,


Nous y guettait,de noir toute vêtue


En trépignant de nous choper.


Cette nuit-là, pris d’une grosse faim,


A pas de loup nous nous glissons


Vers sa Courtille où, à portée de main,


Sèchent ses figues par millions.
Le nez au vent, les oreilles allongées

En direction des mimosas,

Nous commençons par petites poignées
A ‘’grignotiner’’ dans le tas.
De sa maison, sous haute surveillance,


A quatre pas de nos souliers,
Nos deux guetteurs nous soufflent en silence

Qu’il n’y a pas lieu de s’affoler.
Lorsque plus tard, l’un d’entre nous ressent
Une envie qualifiée d’urgente.
Nous voilà tous, près de lui, l’imitant,
arrosant les figues restantes.


Sucrées ? Salées ? Nous n’avons jamais su
Comment elle les avait trouvées.
Ce, d’autant plus, qu’elle n’est jamais venue,
Quoi que ce soit nous réclamer.
Qu’elle sache en Haut, dans son vert Paradis,


Bien loin de ses figues séchées,
Que dans nos cœurs d’adultes repentis


Elle y est pour l’éternité.

 

Fin

 

Alexandrine faisait partie de ces mères et grands-mères auprès desquelles il faisait si bon vivre et s’épanouir et qui, sans vraiment s’en douter, nous firent cadeau d’une enfance merveilleuse.
Les ‘’figues d’Alexandrine’’ ne renferment rien d’autre qu’une profonde nostalgie pour cette enfance devenue souvenir.